Ipousteguy (1920-2006) - Le portrait méconnu d’un homme trop connu

Par Elodie Malard
 

Sculpteur célèbre, IPOUSTEGUY dessinait, peignait et écrivait comme personne d’autre. C’est ce que les biographies relatent communément. En revanche, une rencontre avec Bernard COURTAUX, Président de la CODECOM du Val Dunois et avec Jean LAMBERT, Président de l’Office de Tourisme était l’occasion d’esquisser un portrait plus humain du personnage. Aussi, sa femme, Mme ROBERT, nous a gratifiés de sa présence en Meuse pour nous ouvrir les portes de leur maison, et nous faire témoigner du quotidien de son mari.

Louise Labe

Des œuvres monumentales par un homme discret.

Plus qu’un sculpteur, IPOUSTEGUY était surtout un défenseur de valeurs universelles. Influencé par un monde qui peinait à le comprendre, il était en marge de la société et des grands courants artistiques. C’est aux grandes villes de tradition moderne, comme celles des Etats-Unis ou d’Allemagne, qu’il devait sa réputation. Paris, elle, a longtemps joué le volet de l’indifférence face aux réalisations controversées de l’insurgé.

Philosophe et poète, il s’ingéniait à percevoir les choses en profondeur et à se projeter dans l’avenir. Qu’il s’agisse de fantasmes ou de mal-être, en tout cas, la transcription de ses sentiments n’a jamais été littérale, le symbolisme était son refuge.

Contrairement à la majesté de ses œuvres, IPOUSTEGUY était un homme modéré. S’il faisait partie intégrante du Grand Monde, il ne s’est jamais mis en scène.

Son ami, M. LAMBERT confie que l’artiste, solitaire, a choisi sa maison à Doulcon en fonction de la grange. Cette grange, le sanctuaire d’IPOUSTEGUY –  on y découvre le travail de toute une vie, on y comprend qu’il ne vivait que pour ses créations. Mme Robert et les enfants de l’artiste, eux, se retrouvent aujourd’hui encombrés d’une multitude d’objets d’art. Quand bien même ils y sont attachés, ils annoncent sans émotion visible la prochaine vente aux enchères ; ils préfèrent de loin les pièces qu’IPOUSTEGUY leur a confectionnées personnellement.


Un Centre Culturel : la dernière œuvre à faire connaître


A Dun aussi, les œuvres d’IPOUSTEGUY ont animé les débats. Par exemple, une Louise Labé dénudée vouée à se tenir près de l’église, ainsi que la Mort de l’évêque Neumann, toutes deux données par l’artiste à sa ville natale, ont effectivement choqué. Les deux hommes interrogés font part du désarroi éprouvé par l’artiste à ce moment.

Alors, bien décidés à faire bouger les choses, ils initièrent l’idée d’un musée à Doulcon. IPOUSTEGUY, pour qui les « mausolées » représentaient une entrave à la création artistique, a préféré l’idée d’un lieu vivant doté d’ateliers de création en sus d’une collection permanente. Cette gageure à Dun sur Meuse a incité les initiatives locales puisque aujourd’hui, cinq ans après l’ouverture, le bilan est positif.

A l’image de son maître d’œuvre, la galerie s’inscrit dans la continuité de ses réalisations. Dans cette salle, la délicatesse des formes adoucit la raideur de la pierre. Opposés à la blancheur du marbre qui éclaircit les ombres, les alliages souples rehaussent le ton et les aquarelles harmonisent l’ensemble du tableau. IPOUSTEGUY avait de quoi être fier.

Baigneuses - Ipousteguy

Quel avenir pour le Centre Culturel ?


Pour son œuvre ultime, IPOUSTEGUY conviait des amis de renommée internationale à Doulcon. En accueillant des visiteurs de marque, qui s’émerveillent devant la réussite scénographique d’une structure de qualité, le village scelle sa vocation culturelle. Mais un défi demeure. Afin de fidéliser la population locale, il convient de mettre en place un moyen didactique permettant de saisir le mystère IPOUSTEGUY. Des audio guides seront alors bientôt proposés. Ceux-ci renseigneront sur les pièces présentées sans encombrer l’espace qui leur est dédié.

La mort du maître n’a pas entraîné la mort de son œuvre. Au contraire, les actions se multiplient pour honorer sa grandeur. Une association « Les amis d’Ipousteguy » réfléchit d’ores et déjà sur l’organisation d’un festival Ipoustéguy qui relèvera du cinéma d’art. Plus prochainement, Mme Monnin, historienne d’art, présentera des aquarelles à l’Hôtel du Département de Bar-le-Duc, du 15 septembre au 26 octobre 2006.


 - « A vous, IPOUSTEGUY, je vous dis au revoir et merci pour nous avoir montré l’importance de la culture, et surtout en milieu rural profond. » Ces mots prononcés par M. COURTAUX lors de la cérémonie d’inhumation en hommage à l’artiste n’ont rien de grandiloquent. Aujourd’hui force est de constater qu’un IPOUSTEGUY omniscient a créé une aura de Culture dans l’ensemble de la Meuse.

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