
La période de l’an mil vit s’édifier un château fort dans les « hauteurs » par l’arrivée de Godefroy le Barbu. Bien qu’elle soit rarement mentionnée, c’est pourtant par la présence de sa châtellenie que le bourg et donc la ville de Dun naquit. Heureusement, aujourd’hui la rue du Vieux Château témoigne des traces passées et conduit même aux vestiges des fortifications.
Mais s’il ne fallait citer qu’un nom, ce serait celui des seigneurs d’Apremont, qui sont à l’origine du « Dun » florissant des 12ème et 13ème siècles, avec son château de plus en plus fortifié circonscrit par un bourg puis un faubourg. Et surtout le nom de Geoffroy IV d’Apremont bâtisseur de l’église actuelle. Circonstance bienheureuse pour les nobles de Dun qui aspiraient à une belle église lorsque Geoffroy IV d’Apremont ainsi que Charles, futur empereur d’Allemagne, firent agrandir la chapelle castrale en 1346, alors qu’ils s’en revenaient saufs de la bataille de Crécy, comme ils en avaient fait serment.
Six à sept années de construction furent nécessaires pour constituer la demeure du Christ dans un style gothique. Pourtant, contrairement aux têtes de gargouilles, aux élévations aiguës et à la forme osseuse fréquemment rencontrées dans les cathédrales gothiques, la sculpture extérieure de l’église de Dun est quasi inexistante, son clocher ne s’élève pas à des hauteurs exubérantes et sa silhouette est très massive. Mais à l’intérieur, les voûtes sur croisées d’ogive ne laissent aucun doute. Toutes nouées sur des clés de voûte, elles harmonisent la nef, les 5 chapelles et le chœur. Et quand on se prend à détailler les représentations sculpturales dans l’église, tant au niveau des clés de voûte que sur les piliers, on retrouve toute l’inventivité et les décors incongrus de l’art gothique. Une tête de gargouille qui émerge ici des pierres encimentées ou encore cette tête de mort comme sertie dans la chapelle du Sacré-Cœur.
Et puis, il suffit d’ouvrir l’œil pour se rappeler qu’à cette époque, les églises étaient entièrement peintes. En témoignent les restes de peinture qui signalent tantôt des portraits sur des piliers, tantôt une scène, telle cette fresque sur le mur nord de la chapelle de la Vierge ; juste derrière l’œuvre monumentale "La mort de l'Evêque Neumann" d’Ipousteguy déposée en 2001.
Mais ce n’est pas tout, la richesse de l’église Notre Dame de Bonne Garde s’étend à son mobilier. En plus de l’enceinte, la chaire à prêcher du XVIIIeme, deux dalles funéraires, la grille des fonds baptismaux du XVème siècle et le buffet d’orgues sont classés Monument Historique. Mais le maître-autel ne manque pas d’intérêt. Surmonté d’un baldaquin en bois doré, son marbre se confond avec la boiserie du chœur volontairement grisée lors de sa restauration. Il y a aussi un formidable retable polychrome datant du XVIIIème placé dans la chapelle du Sacré-Cœur. Dominé par un pélican qui nourrit ses oisillons de sa propre chair, il évoque ainsi le sacrifice du Christ. Mentionnons aussi les bénitiers. On a peine à croire qu’il s’agit de vrais coquillages tant ils impressionnent par leur taille, leur rudesse et leur régularité.
Comment imaginer aujourd’hui que ce refuge de charme et de calme ne puisse pas exister ? Pourtant, après les ravages de la Première Guerre Mondiale, la restauration de l’Eglise était tout à fait équivoque. Peut-être est-ce grâce à la résistance des murs de l’enceinte et à ce buffet à jamais vidé de ses orgues que la population locale s’est permis de croire en la résurgence de ce joyau, tout comme au miracle de Marie invoquée quatre siècles plus tôt. Une espérance qui leur a valu une église classée Monument Historique depuis 1920.
<-- Retour