
Plusieurs fois chassés des bailliages et seigneuries de Lorraine par ordonnances, si les Juifs furent d'autres fois tolérés à résider dans le pays lorrain, ce n'était qu'en nombre restreint et en raison de leur utilité. Pourtant, leur contribution à l'impôt ne fut pas une justification suffisante pour convaincre les habitants d'Etain d'accepter des personnes apparentées au culte judaïque. C'est pourquoi, parmi les 180 familles juives admises dans le Duché par l'ordonnance de 1753, les deux, que l'on enregistrait à Etain un an plus tard, étaient confrontés à un mode de vie très réglementé. Par exemple, le droit à la propriété leur était totalement refusé, et ils n'avaient l'autorisation de fréquenter le Marché de la ville qu'à des heures précises.
Petit à petit l'oiseau a fait son nid. Grâce à des lettres patentes, ils obtinrent en 1787 le droit d'acquérir un terrain route de Damvillers pour y établir un cimetière hébraïque; sans tombeau ! Le cimetière que l'on connaît aujourd'hui est celui de 1808 qui fut agrandi par la suite. La densité des tombes prouve l'essor du nombre de familles juives au XIXème siècle : de 66 individus en 1810, ils atteignirent 3000 en 1846 et représentèrent alors la deuxième communauté juive de Meuse, sinon la plus vieille. Toutes les pierres tombales sont gravées de part et d'autre en français et en hébreux, signe manifeste de leur double appartenance cultuelle et citoyenne. D'ailleurs, la tombe appartenant à Lazard Moyse, décédé en 1871, indique qu'il fut maire d'Etain. Par ailleurs, avec la guerre de 1870, de nombreux juifs venant de Metz vinrent s'installer à Etain et participèrent à l'effort de résistance. Beaucoup regagnèrent leur ville d'origine après la première Guerre Mondiale, une fois les frontières françaises recouvrées.
L'une des plus belles reconnaissances de l'intégration de la communauté juive dans le paysage stainois fut la construction d'une synagogue, en octobre 1928. Jusqu'à cette date, une simple maisonnette permettait aux Juifs de pratiquer leur culte. Les plans de l'édifice furent dessinés par un architecte verdunois : M. Stern. La façade de proportions raisonnables s'aligne aux autres habitations de la rue de Morteau mais affiche fièrement son étoile de David, et en guise de clocher : les tables des lois. La synagogue n'a pas souffert des destructions de la Deuxième Guerre Mondiale - elle fut occupée en tant qu'écurie - de telle sorte que la configuration intérieure actuelle est celle d'origine. Plus aucun mobilier notoire ne s'y trouve. L'Eternel est absent en ce lieu. En effet, la lampe, appelée Ner-Tamid, suspendue au dessus de la Bimah, estrade sur laquelle se tient l'officiant, est éteinte. Et les rouleaux de parchemin de la Torah ont été retirés de la Téva, sorte de tabernacle. Ici, il n'y a plus d'offices, seules quelques rares visites durant les journées du patrimoine rappellent les rituels. En bref, dix hommes doivent être présents pour qu'une cérémonie ait lieu. Face à l'arche, partie la plus importante de la synagogue : l'Aron Hakodech, ils écoutent l'officiant qui fait la lecture de la Torah sur la Bimah, tandis que les femmes présentes se tiennent dans la tribune du haut.

L'ensemble de l'immeuble est rongé par le manque d'entretien et l'humidité due à une toiture en mauvais état. L'association cultuelle propriétaire va céder prochainement le bail à la Mairie de la commune d'Etain. Celle-ci a déjà envisagé des rénovations bien que l'usage final de ce lieu de mémoire ne soit pas encore clairement défini. Quant au cimetière israélite, certains Juifs, souvent des résidants de Metz, y sont encore enterrés. Il s'agit toujours d'un domaine privé, mais sa passation pourrait bien être discutée prochainement...
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