L’adage est bien connu : « on cherche souvent trop loin ce que l’on a tout près de soi ». En effet, située à égale distance de Bar-le-Duc et de Verdun, dans le vallée de la Meuse, la petite ville de 5435 Sammiellois vaut le détour.
Là-bas, le palais Abbatial Saint-Michel témoigne des réminiscences de l’Histoire, qui commence bien avant la Grande Guerre, bien avant la Révolution et bien avant la Réforme. Dans l’aile sud, le Musée Départemental d’Art Sacré et la Bibliothèque Bénédictine offrent l’unique chance de pénétrer dans ce site majeur et d’approcher la culture locale par leurs collections permanentes.
Pour déjouer l’image sinistre du bâtiment aménagé en prison depuis la Révolution jusqu’à 1959, seule la formule originale de musée-dépôt a été retenue. Grâce au partenariat entre la ville de Saint-Mihiel et des communes et paroisses de la Meuse, la Conservation des Musées de la Meuse rassemble et présente une collection permanente d’objets sacrés menacés. En ce lieu, repose aujourd’hui un noyau et un joyau de l’histoire catholique meusienne. Sans mise en scène outrancière, les objets d’Eglise ravissent en toute simplicité. La transparence des vitrines, disposées intelligemment dans la salle principale, participe au scintillement d’un musée d’or et d’argent qui cache une arrière-salle tout aussi impressionnante. Cette deuxième partie consacrée à la statuaire recèle des trésors hauts en couleurs. Sculptures de pierre, de bois, de bois « sacré » ou de cire confondent Art sacré et Art populaire.
Ce temple catholique s’adresse à tout visiteur : des plus érudits aux moins catholiques, tous y passeront assurément un moment insolite.
Rechercher les biens appartenant à chaque paroisse meusienne, identifier des orfèvres, distinguer la fonction d’un calice de celle d’un ciboire ou encore, comprendre la différence entre une monstrance et un ostensoir ; tels sont les indices que révèlent les cartels apposés aux pièces. Parfois aussi véritable jeu de piste, voici quelques questions intrigantes auxquelles un guide, présent en permanence dans le musée, permet de répondre : où se cache Saint-Michel sur la Croix d’autel de Chambrun ? Pourquoi la Croix d’autel de Souilly à deux travées n’est-elle pas une Croix de Lorraine ? Comment des calices en cristal ont-t-il pu être tolérés au XVIIIème siècle ? Et ces représentations de la mort datées du XVIème… ?
En haut d’un superbe escalier du XVIIIème siècle, le guide s’empare d’une clé et pousse la lourde porte qui découvre alors le fonds de la Bibliothèque Bénédictine. Un film, diffusé au préalable de la visite, rend la scène d’autant plus saisissante. Que de livres ! Cet ensemble constitue l’une des plus belles bibliothèques de France… et pour cause !
Dans l’anti-chambre, boiseries et plafond en plâtre moulé, magnifique écrin d’époque. Dans la Grande Galerie de 50m de long l’ensemble de 8800 ouvrages des Bénédictins, datant depuis le IXème siècle. Bien que celle-ci ait connu des moments difficiles en raison de la Révolution Française et de la Grande Guerre notamment, le fonds préservé se trouve toujours à sa place d’origine et s’offre ainsi aux regards des visiteurs.
Pour les curieux, les expositions temporaires en place dans la première salle permettent d’approcher les plus belles reliures de vélin et parfois quelques manuscrits ou incunables. Souvent, les thèmes abordés traduisent des périodes importantes de l’Histoire du Livre, par exemple : le développement et le sens implicite de l’imprimerie, comme en témoignent les marques d’imprimeurs et d’éditeur du XVème et XVIème siècles présentées jusque début septembre 2006. L’exposition suivante concernera les reliures, spécifiquement.
De passage à Saint-Mihiel, quelques minutes d’arrêt pour les plus pressés et le clou du spectacle pour les visiteurs de l’Abbaye. Rendez-vous dans les deux églises. Chacune d’entre elle garde une œuvre majeure du célèbre sculpteur lorrain, Ligier Richier : « La Pâmoison de la Vierge », en bois de noyer datant de 1532 se trouve dans l’Abbatiale Saint-Michel. Quant à l’église Saint Etienne, elle abrite de nouveau l’ensemble des personnages en pierre calcaire qui composent le « Sépulcre », celui-ci ayant fait l’objet d’un long travail de restauration. Aucun commentaire ne traduira assez fidèlement l’intensité expressive des visages et l’aspect monumental des réalisations. Assurément, le style désarment de Ligier Richier ne tarira jamais d’éloges et ne cessera d’ébahir les générations présentes et futures.
C’est ainsi, que la mémoire de ce grand artiste de la Renaissance est honorée et respectée dans sa ville natale. C’est ainsi que Saint-Mihiel fait vivre son histoire et celle de la région. Cette Abbaye bénédictine, fief du patrimoine sammiellois, mais aussi cadre des initiatives culturelles, mérite bien son titre de Monument Historique. Parce que ces vieilles pierres ont encore tant à révéler, chacun éprouvera à sa façon le talent d’une époque si lointaine mais si proche, si méconnue mais si présente.