
L'église s'arrache au flanc d'une colline tellement belle et naturelle, pareil à une forêt qui aurait enfanté une merveille de pierres. N'était-ce qu'un hameau avant que les Dames d'Andenne instaurent une modeste bâtisse au 7ème siècle à Mont ? L'enfant s'est épanoui dans les entrailles de cet éperon boisé, jusqu'à devenir l'épicentre d'un pèlerinage au XIXème siècle, et continue de tenir, résolument robuste, face aux attaques ennemies.
Ce sont les XIIème et XIIIème siècles qui affirmèrent la physionomie du bâtiment avec la construction du choeur et de la nef. A l'extérieur, un détail assez rare pour être relevé : les tours encadrant l'abside de type rhénan sont couronnées de la croix celtique. A l'intérieur, la voûte en plein cintre dans le choeur est intacte et remarquable. Cette demie coupole régulière en pierre de taille dégage une atmosphère savoureuse de chaleur et de sérénité. Autrefois, la voûte en cul de four se prolongeait dans la nef par un plafond en bois qui fut rapidement substitué à des voûtes d'arêtes, tandis que les bas-côtés voûtés sur croisées d'ogives sont apparus avec l'intervention gothique du XIVème siècle. Ce même siècle scella la silhouette de l'église avec l'élévation de la tour occidentale et de son clocher. Mais ce qui vaut tant d'éloges à Notre-Dame, outre la simplicité de son choeur et sa splendeur gothique, c'est l'ouvrage de son portail et sa crypte originelle. Le visiteur qui franchit le parvis, traverse l'endroit sous l'égide de l'Ancien Testament d'un côté, et du Nouveau Testament de l'autre. Alors, son regard se heurte inévitablement au tympan. Bien que la scène ne manque pas d'intérêt, on ne peut que regretter la Vierge qui autrefois dominait le seuil de cette porte.
Dans l'antre de l'église, la pierre blanche éclaircit l'espace quasi borgne, si ce n'est les cinq fenêtres de l'extrémité orientale. Difficile alors de deviner le Martyre de saint Quentin et autres saints, peinture murale datée du XVIème, classée Monument Historique (MH) au titre d'immeuble, mais malgré tout menacée par l'humidité ambiante. Finalement, cette atmosphère confinée s'est certainement avérée propice aux nombreux vols. On ne peut que déplorer le fait que cette église si riche en sculptures romanes et médiévales fut véritablement pillée ces dernières années. Dans les années 70, un ensemble de 3 statues en bois polychrome (classées MH depuis 1909) se volatilisèrent. Récemment encore, une représentation de Saint-Vincent et une autre de Saint-Roch, deux pièces remarquables qui ornaient l'avant du choeur, ont disparu. Depuis, quelques " survivantes ", une Vierge en Majesté du XIIème, accompagnée d'un Christ aux liens et d'une Vierge de Piété, ont trouvé refuge au Musée de la Princerie, à Verdun. De belles répliques ont annexé leur place dans le fond de la crypte. Pour y accéder, deux escaliers de part et d'autre du transept - tel le plan de la Cathédrale de Verdun - descendent vers l'endroit étonnamment lumineux. Cinq fenêtres répandent ici la lumière du soleil, comme les 5 fenêtres à l'étage supérieur, et les voûtes en plein cintre marquées d'arêtes font écho à l'art architectural de la nef. En bas, des colonnes séparent les trois travées. Ces monolithes surmontés de chapiteaux finement sculptés de feuillages divers témoignent d'une maîtrise d'ouvrage élaborée, et par conséquent de l'importance accordée à cette chapelle souterraine.

Pour découvrir le joyau, de jeunes collégiens assurent les visites l'été. L'hiver, si la maison du Christ est close, le déplacement n'est pas perdu pour autant. Derrière la façade de l'église, les tombes éparses, restes du cimetière du XIXème, saisissent par leur austérité. Tournées vers l'est, elles s'adressent dans un nuage de brume à la chapelle " Notre Dame des Enfants " qui gît en contrebas. A partir de 1870, celle-ci fut un lieu de pèlerinage. Si elle a guéri nombre d'enfants et d'aveugles, en revanche, il y a une dizaine d'années, le mauvais sort s'abattit sur la demeure, lui arrachant ses statues et mobilier.
Le village couché au pied de l'église Notre Dame souffre de ses nombreuses amputations. Il continue pourtant d'être fier de cette enceinte historique et n'a de cesse que de lui rendre hommage. Les membres de l'association " les Amis de l'Eglise de Mont ", notamment, prennent continuellement soin de ces pierres humides et s'enhardissent à les faire vivre aussi souvent que possible. La tendance s'est finalement inversée : alors que l'église a longtemps accueilli et protégé ses fidèles, aujourd'hui ce sont ses fidèles qui sont chargé de veiller sur leur monument.
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